mardi 25 octobre 2011

Fréquences Enivrantes

À l’occasion du festival « I Love Neon & High Food », Montréal avait la chance d’accueillir une des grandes figures du hip-hop nouveau genre : Flying Lotus. La première soirée avait pour tête d’affiche cet artiste de Los Angeles, mais aussi ses compatriotes Lazer Sword et le Montréalais Hovatron. Il ne s’agissait pas d’une soirée hip-hop ordinaire, rien à voir avec les clichés. Le mot d’ordre était le plaisir; le plaisir par la musique. Et quelle musique!

Impossible de rester de glace face aux fréquences enivrantes des samples que crachent les enceintes de la SAT. Comme hypnotisé par les mélodies analogiques du premier DJ, Hovatron, on se retrouve en un rien de temps plongés dans le monde où le rythme est roi et, pourquoi pas, aussi danseur (« Rhythm Is A Dancer »?). Le pire est que cette pièce de l’illustre époque euro-dance des années 90 aurait eu sa place au sein des échantillons proposés par Lazer Sword, un hybride entre l’expérimentation et le kitsch.

Tous les ingrédients pour une soirée haute en couleurs étaient réunis : jeu de lumières, projections (passant du pixel minimal au quétaine assumé) et foule en délire. La salle s’est remplie rapidement et il n’a fallu que quelques notes pour que les gens entrent en transe. C’était aussi un joli échantillon de la scène underground de Montréal à laquelle quelques fêtards américains s’étaient ajoutés. Je retiendrai la sensation de vibration dans ma cage thoracique et l’envie incontrôlable de taper du pied très très fort.

mardi 11 octobre 2011

La fée clochette

C’est par un vendredi soir froid et pluvieux de novembre que la chanteuse et multi-instrumentiste Imogen Heap débarqua à Montréal. Devant Le National qui affichait complet, l’artiste britannique venait nous présenter son nouvel album, Ellipse. Probablement grâce à de nombreuses apparitions musicales dans des téléséries américaines à grand succès, la salle était comble et on sentait la foule surexcitée. Bien avant d’entendre les premières notes, la table était mise : sur la scène, on comptait un grand arbre blanc, un piano transparent vidé, une chaise recouverte de fourrure blanche et des guirlandes de lumières ici et là. On aurait cru avoir devant nous le décor d’une forêt enchantée ou la chambre d’une adolescente qui s’accrocherait aux contes de fées de son enfance. Quoi de mieux pour habiller l’univers d’Imogen Heap.

Immédiatement en arrivant sur scène et comme par magie, elle établit un contact direct avec la foule conquise d’avance. On tombe volontiers sous le charme de cette grande enfant qui nous chante ses hauts et ses bas. Fredonnant entre les pièces et dansant avec un plaisir contagieux, on avait l’impression qu’elle nous lisait les pages de son journal intime. N’hésitant pas à verser dans l’anecdotique, Imogen nous amena ses chansons de façon légère et naïve. Mais attention, il ne faut pas se laisser prendre au jeu de cette simplicité juvénile : derrière toutes ces chansons aux allures innocentes se cache un travail de moine. Artisane de la « loop » et des effets, quasiment rien n’est préenregistré. Elle monte les pièces couche par couche, rythme par rythme. À ses poignets, elle s’arme de deux petits micros qui amplifient tous les sons et le tour est joué. Bien entendu, tout n’est pas trafiqué : sa voix reste intacte et captivante. Elle est aussi très ingénieuse dans le choix de ses instruments; jumelant l’array mbira (un petit piano à pouces d’origine africaine), le keytar (fusion entre la guitare et le clavier), le piano, un petit oiseau robotique et un carillon. Elle invite même, dans chaque ville, un violoncelliste différent pour l’accompagner sur quelques pièces.

Le clou de la soirée était sans nul doute son rappel. Elle nous a offert les incontournables de son répertoire (Hide & Seek et Just for Now ), mais cette fois, sans artifice. À la place, elle a fait appel au public qui était plus que ravi de l’accompagner dans ses pièces électropop douces amères. Entonnant les paroles des chansons, l’audience embarqua avec grand plaisir dans l’orchestre dirigé par Imogen. Une finale toute en douceur pour terminer un spectacle qui a fait le plus grand bonheur de tous ceux et celles qui ont eu la chance d’y assister. Reste à voir si elle pourra répéter l’exploit lorsqu’elle sera de retour en avril 2010. À suivre (avec un plaisir quasi coupable).



samedi 8 octobre 2011

Inauguration de l’eXcentris: 3 J pour un nouveau X




Je vous avertis tout de suite, même si Jay-Jay Johanson (Jay-Jay pour les intimes) était de passage à Montréal pour souligner la réouverture de l’espace eXcentris, je ne vois pas l’intérêt de plonger dans une description du lieu en tant que tel. C’est beau (dans le genre « branché St-Laurent »), mais hormis ça, pas grand-chose à dire. Le centre se donne une nouvelle vocation qui se veut plus axée sur la musique et les arts de la scène avec deux salles multifonctions qui pourront présenter tant de la danse contemporaine que des shows électros, comme le spectacle d’inauguration : Jay-Jay.

La première partie du spectacle était assurée par les Montréalais Numéro#. Choix un peu surprenant, je dois l’admettre, surtout que le concept était un spectacle intime et quasiment acoustique. Mais bon, ils ont tout de même su tirer leur épingle du jeu avec leurs mélodies électro-pop accrocheuses et quelques blagues. Reste qu’on a pu observer tout un décalage entre leur prestation et celle de Jay-Jay.

Sans trop faire attendre la foule, les rideaux de la salle Cassavetes dévoilaient un piano, deux claviers et un micro. Après quelques albums plutôt centrés sur des lignes électroniques, le nouvel album de Jay-Jay Johanson (Self-Portait) promettait un retour aux atmosphères trip-hop épurées qu’on lui connaissait. Les premières notes jouées par son pianiste Erik Jansson nous ont replongé directement dans les premiers succès de l’artiste suédois : « I’m Older Now », « Believe In Us », « Anywhere Anytime », « Milan, Madrid, Chicago, Paris », « She’s Mine But I’m Not Hers » et j’en passe. Ce que j’ai trouvé remarquable était la qualité de l’interprétation et des réadaptations. La voix sensible et mélancolique que l’on retrouve sur les albums est magnifiée à la puissance dix en spectacle et on est rapidement transporté dans un monde de solitude qui est caractéristique aux textes intimes de Johanson. Pendant quasiment deux heures, le personnage frêle et timide nous a chanté la tristesse et le déchirement. Ici et là, il incorporait des nouveautés tirées de Self-Portait, suffisamment pour que nous puissions retrouver les titres qui ont fait de Jay-Jay Johanson un artiste incontournable de la scène électronique, tant pour ses albums que ses spectacles hypnotisants.



vendredi 7 octobre 2011

Soap&Skin – Lovetune for Vacuum

Un bal torturé, ou plutôt, le bal des torturés; je ne saurais pas trop comment décrire autrement le premier album de Soap&Skin, projet de la jeune Autrichienne Anja Plaschg. Idéalement, vous pourriez tous écouter l’album en lisant ceci, mais ce n’est pas l’idéal, alors voilà; le monde qui enveloppe Lovetune of Vacuum est inquiétant, sombre et fascinant. On imagine facilement une petite fille dans une robe bouffie en satin noir, contrastant avec son teint blême, jouant avec ses petites poupées en porcelaine, comme si elle jouait avec des répliques miniatures d’elle-même. Elle est seule et s’amuse naïvement, ne se doutant de rien. Et moi aussi, je ne me doutais de rien.

Du haut de ses 18 ans, Anja Plaschg nous étonne de sa sensibilité et de son flaire pour les ambiances quasi gotique qui plane sur Lovetune of Vacuum. Par contre, en lisant d’avantage sur la personne derrière Soap&Skin, on ne s’étonne peut-être pas d’apprendre qu’elle c’est toujours considérée comme étant assez marginale, même depuis sa plus tendre enfance. D’entre les pièces de ce premier effort transparaît une grande fragilité, mais aussi une sagesse amère qu’on reconnait chez les vieilles filles. Sa voix, très particulière, est aux allures d’une Cat Power légèrement plus jeune et plus innocente, mais l’ensemble de l’œuvre pourrait facilement se rapprocher des premiers albums de Cocorosie et même, par moment, on présent des clins d’œil à Björk.

Chaque chanson semble être, à la fois, la complainte d’un amour fracassé, mais aussi celle d’une vie quelque peu troublée. Passant de la ballade piano-voix (Thanatos, Spiracle, en fait, pas mal tout l’album) à des essais du côté électronique (Marche Funèbre, DDMMYYYY, Fall Foliage) et même une ou deux pièces strictement instrumentales (Turbine Womb), Lovetune for Vacuum dévoile une douce mélancolie face à laquelle on ne peut rester de glace.